L’être en devenir

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L’œuvre picturale de Céline Gilbert accuse un dynamisme qui répond à une assimilation rapide et maîtrisée de plusieurs manières de peindre et des techniques qu’elles sous-tendent.

Depuis les premières tentatives, vers 1973, jusqu’aux toutes récentes, on constate un accroissement quantitatif de sa production et une progression recherchée dans la personnalisation des œuvres. Au débit régulier et soutenu, se joint un approfondissement de l’inspiration, des questionnements et des sensations qui la constituent. Succédant à l’intention de faire, vient le propos lui-même.

Ce dernier emprunte chez elle une voie ambivalente. Il a la particularité de s’extérioriser autant de façon réaliste qu’abstraite. Cette attitude choisi, répond à une volonté de vision globale des choses et à la nécessaire pleine possession des moyens mis à sa disposition. Cette complémentarité s’exprime dans les faits par l’alternance d’un réalisme expressionniste (desservant un questionnement personnel) et d’un paysagisme abstrait (évoquant des espaces privilégiés).

Ainsi, l’ensemble de ses tableaux des années 82 et 83, intitulé PERCEPTIONS, montre-t-il une belle cohésion lyrique.

Réactualisant un procédé pictural quarantenaire, il est porteur de sensations ressenties au niveau de l’épiderme. La pâte est abondamment triturée, faisant apparaître des tableaux complets là où il n’y a que des détails. Le hasard y construit parfois des apparitions d’un certain réalisme, images fortuites qui ne sont pas rejetées par leur auteure. Chacune de ces surfaces se fait le lieu d’inscription d’une chorégraphie picturale inspirée. Cette technique gestuelle au coloris raffiné, pratiquée sur des formats relativement grands semble montrer l’artiste à son meilleur.

Sa production récente prend l’aspect d’une ruade par rapport à celle qui la précède immédiatement. Elle se pose franchement comme une volonté d’affirmation féminine et utilise un certain réalisme pour y parvenir. Ses figures pensives aux attitudes équivoques suggèrent une interrogation personnelle sur l’existence, la place qu’on doit y prendre et les conditions qui y mènent. Les moyens picturaux sont inhabituellement et volontairement restreints : la surface est découpée d’un trait continu en quelques grandes surfaces, la couleur est utilisée en camaïeu, elle est fondue, léchée et fuit avec le blanc. On y voit une famille d’attitudes évoluant dans un espace neutre, mettant l’accent sur la femme et les rapports de couple. Sans exagération, l’attitude se fait maintenant plus frondeuse et revendicatrice. Le regard sur soi à l’absorption sensorielle du milieu. L’une et l’autre manière s’attirent, moins pour l’instant par leur aspect extérieur que par leur attitude sous-jacente commune. Leur fusion, sans être nécessairement prochaine, pourrait sans doute avoir bientôt l’évidence du fait accompli. Il s’agirait alors d’une atteinte rapide de la maturité d’expression et la réalisation prochaine d’œuvres encore plus significatives.

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L’ÊTRE EN DEVENIR

Elle est en éjaculation vers le devenir…

Regard avide, interrogateur,

Anxieux, glorieux,

Regard assoiffé d’Être,

Regard inquisiteur,

Elle déambule

vers un devenir

incertain ou

prometteur.

 

Énergétique, sensuelle,

Émotive, rêveuse, songeuse,

Perplexe devant son identité,

Elle s’incruste

dans un devenir

probable.

 

Son corps sensuel aimerait être pénétré

Afin que son plexus réagisse

Aux vibrations de deux corps harmonieux.

 

Acharnée,

Elle tient la course

Vers sa libération

D’automate.

 

Ils sont là

Soucieux,

Songeurs,

Inquiets,

Devant;

L’être en devenir

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